Khelifi Ahmed, le troubadour à la voix de stentor

Khelifi Ahmed, chantre de la chanson bédoui saharienne, a été inhumé lundi au cimetière de Sidi M’Hamed à Alger.  Il est   décédé dans la nuit de samedi à dimanche, à l’âge de 91 ans.  C’était un maître. Une légende. Le dernier des géants de la musique algérienne. Un troubadour, un enfant du désert aux semelles de vent… du Sud.

Khelifi Ahmed, une légende du chant bédoui saharien-Photo: Dr

Khelifi Ahmed est un monument de la chanson, pour ne pas dire de la mémoire de la musique algérienne dans sa dimension diverse et riche. Khelifi Ahmed était ce trouvère, ce ménestrel, ce troubadour qui avait immortalisé Hizia de Benguitoune, Bent Sahra, Biskra, Loghzal Eli Kan, Rabi Ya Madjid et Rani Alik N’sal  de Abderrahamene El Kacem, Galbi Fteker Arab et Zineb  de Hadj Aïssa Ibn Allel, Ya Galbi Allah  et Ya Gomri Adi Djouabi de Ayache Lamdoukani, Ya Rabana Rahim de Hadj Aïssa Benallel, La Tanssi de Habib Hachlaf, Twahacht Daoura Fi Sahara de Mohamed Ben Chaïb, Galbi Chati de Ayachi Bachir, Ya Chaâb de Amar Baki ou encore sa propre composition Youm Itafakat Laâchair. .

UN DEMI SIECLE DE CHANT BEDOUI

La ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, a  rendu hommage au regretté Khelifi Ahmed, décédé dans la nuit de samedi à dimanche  à l’âge de 91 ans et qui était « un des plus illustres artistes algériens ». Le chantre de la chanson bédouine algérienne, le regretté Khelifi Ahmed,  était « un des plus illustres artistes algériens dont la renommée a dépassé les  frontières nationales », a souligné dimanche Mme Toumi dans un message de condoléances  à la famille du défunt.  « Grâce à des textes inspirés de la poésie populaire ancestrale, le regretté  a pu représenter à lui seul, un demi siècle durant, la chanson bédouine algérienne,  plus connue par le « yaye-yaye », a ajouté la ministre de la Culture

UNE VOIX EXCEPTIONNELLE

De son vrai nom Ahmed Abbas Ben Aïssa, Khelifi Ahmed, né à Sidi Khaled, sur les rives de l’oued Jdi (Biskra) en 1921, a fait ses premières armes, sa première émission, avec Abdelhamid Ababsa au piano. En 1949, il se lance dans la musique typique du Sud avec son fameux Aye, aye ! Puis il participe à l’émission radiophonique Khalti Tamani de Hachelaf. Khelifi est nommé la vedette de la Fête nationale à Alger. Khelifi Ahmed insistait pour que sa musique ait une consonance bédouine. Lettré, d’une grande culture et surtout possédant une voix de stentor, Khelifi Ahmed la posera sur des poésies authentiques, d’une grande profondeur, œuvres de poètes commes Benguitoune, Belkheir, Benkriou ou encore Kaddour Ben Achour. Ce qui est méritoire chez Khelifi Ahmed, c’est qu’il a modernisé le style bédoui saharien, et ce, à travers une direction orchestrale, des règles de solfège comme il l’a fait avec Skandrani, tout en lui insufflant une âme, le souffle des mots des grands poètes Benguitoune ou Mostefa Ben Brahim. Khelifi Ahmed était chef d’orchestre des émissions en langues arabe et kabyle (Elak) de la radio en 1946. El Hadj M’hamed Anka (chaâbi) était son pair.

L’EQUIVALENT DU CHEIKH HAMADA

Réagissant à la disparition de ce cheikh du bédoui sahraoui, le musicologue Nasreddine Baghdadi témoigne : «Khelifi Ahmed demeurera celui qui a modernisé le genre bédoui saharien. Il maîtrisait aussi le malouf et le chaâbi. Il avait une voix puissante, exceptionnelle. C’est l’équivalent du bédoui oranais. Il avait de la classe, de la grandeur, une stature. Il était respecté au Maroc, en Tunisie et au Moyen-Orient. Il a marqué la musique algérienne. C’est la fin d’une époque. C’était un homme exquis…». K.S./APS

Photo: Dr


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